1/05/2026

A la conférence des corps continentaux de conseillers, Le 28 décembre 2010

TRADUCTION

(de courtoisie)

Le 28 décembre 2010

A la conférence des corps continentaux de conseillers

Amis chèrement aimés,

Quinze ans se sont écoulés depuis que, lors d’une occasion comme celle-ci, nous avons donné à l’ensemble des conseillers réunis en Terre sainte une première indication sur la direction que devrait prendre la communauté bahá’ie si elle prétendait accélérer le double processus d'expansion et de consolidation - direction que son expérience accumulée lui aurait fait prendre en toute confiance. Nul besoin de commenter la distance parcourue en une petite décennie et demie. Le compte rendu des réalisations parle de lui-même. Nous vous invitons aujourd’hui à entamer les délibérations sur la prochaine étape de la grande entreprise dans laquelle s’est lancé le monde bahá’i, étape qui s’étendra de Ridván 2011 à Ridván 2016, et qui constitue le premier de deux plans successifs de cinq ans qui aboutiront au centenaire de l'inauguration de l’âge de formation de la Foi. Au cours des prochains jours, vous êtes invités à formuler une conception claire de la façon dont les conseillers et leurs auxiliaires aideront la communauté à s’appuyer sur ses réalisations extraordinaires - pour étendre à d’autres sphères d’activités le mode d'apprentissage qui en est venu si indéniablement à caractériser ses efforts d’enseignement, pour acquérir la capacité nécessaire à employer, avec un niveau élevé de cohérence, les instruments et les méthodes qu’elle a ainsi mis au point avec le plus grand soin, et pour accroître, bien au- delà de tous les chiffres précédents, les rangs de ceux qui, conscients de la vision de la Foi, travaillent avec tant d’assiduité pour accomplir la mission que Dieu leur a confiée.

Dans notre message de Ridván de cette année, nous avons décrit la dynamique du processus d'apprentissage qui, tout au long de quatre plans successifs au niveau mondial, a pris de l’ampleur de façon constante, rehaussant la capacité des amis à s’engager dans l’action au niveau de la base. De cette perspective, le panorama est en effet prodigieux. Avec plus de 350 000 âmes à travers le monde qui ont terminé le premier cours de l’institut, la capacité à forger un modèle de vie qui se distingue par son caractère spirituel a sensiblement augmenté. Dans divers cadres, sur tous les continents, des groupes de croyants s’unissent avec d’autres personnes dans la prière, dirigeant leur cœur en signe de supplication vers leur Créateur et appelant à leur aide les forces spirituelles dont dépend l’efficacité de leurs efforts individuels et collectifs. Un quasi-doublement de la réserve d'enseignants de classes bahá’ies pour enfants sur une période de cinq ans, portant le total à quelque 130 000, a permis à la communauté de répondre pleinement aux aspirations spirituelles des jeunes. Un sextuplement, sur la même période, de la capacité à aider les pré-jeunes à trouver leur chemin à un stade aussi crucial de leur vie, donne une indication du niveau d'engagement envers ce groupe d’âge. Qui plus est, partout, un nombre remarquable d’amis se trouvent prêts à engager des conversations avec des personnes d’origines et d’intérêts variés et à entreprendre avec elles une exploration de la réalité qui donne lieu à une compréhension partagée des exigences de cette période de l’histoire humaine et des moyens d’y faire face. Et, alimentant la multiplication systématique des activités fondamentales à travers le monde, avec non moins d’un demi- million de participants connus à un moment donné, il y a les efforts de près de 70 000 amis capables de servir comme tuteurs de cercles d’études.

Comme cela a été clairement indiqué dans notre message de Ridván, la communauté du plus grand Nom possède, dans le système ainsi créé pour développer ses ressources humaines, un instrument aux potentialités illimitées. Dans des conditions très diverses, dans pratiquement n’importe quel groupement, il est possible à un noyau grandissant de personnes de générer un mouvement tendant vers le but d’un nouvel ordre mondial. Il y a dix ans, lorsque nous avons introduit le concept de groupement, concept géographique destiné à faciliter la réflexion sur la croissance de la Foi, nous avons présenté un schéma de quatre grandes étapes sur la voie de son développement. Au fur et à mesure que la communauté bahá’íe se lançait dans la mise en œuvre des dispositions du Plan, ce schéma s’est avéré extrêmement utile pour donner forme et définition à ce qui est essentiellement un processus continu. L'expérience considérable acquise depuis lors permet aujourd’hui aux croyants de concevoir l’avancée d’une population, propulsée par des forces spirituelles grandissantes, dans l’optique d’un continuum riche et dynamique. Un bref examen du processus qui se déroule dans un groupement, bien qu’il vous soit familier, permettra de souligner sa nature fondamentalement organique.

Un programme de croissance

Ce sont, invariablement, les occasions qui découlent des circonstances personnelles des croyants engagés dès le début - ou peut-être d’un seul pionnier intérieur - d’établir une conversation profonde et particulière avec les habitants locaux et qui déterminent la façon dont le processus de croissance commence dans un groupement. Un cercle d’étude composé de quelques amis ou collègues, une classe offerte aux enfants du quartier, un groupe formé pour les pré-jeunes après les heures de cours, une réunion de prières accueillant la famille et les amis, n’importe laquelle de ces activités peut servir d’impulsion à la croissance. Ce qui se passe ensuite ne suit pas un parcours prédéterminé. Les conditions peuvent justifier que l’on donne la priorité à l’une des activités fondamentales, qui se multipliera ainsi à un rythme plus rapide que les autres. Il est également possible que les quatre progressent à une allure comparable. Il est possible de faire appel à des équipes de visiteurs pour donner de l’élan à l’ensemble des activités naissantes. Mais, indépendamment des conditions particulières, le résultat doit être le même. Au sein de chaque groupement, le niveau de cohésion atteint entre les activités fondamentales doit être tel que, dans leur globalité, on puisse percevoir la genèse d’un programme pour l’expansion et la consolidation soutenues de la Foi. C’est-à-dire que, quelle que soit leur combinaison et aussi réduit que soit leur nombre, les réunions de prières, les classes d’enfants et les groupes de pré-jeunes sont maintenus par ceux qui progressent dans la séquence des cours de l’institut et qui se consacrent entièrement à la mise en œuvre de cette vision de transformation individuelle et collective. Ce flux initial de ressources humaines dans le champ de l’action systématique marque le premier des multiples jalons d’un processus de croissance durable.

Toutes les institutions et agences occupés à promouvoir l’objectif de la présente série de plans mondiaux ont besoin de faire preuve du degré de vivacité d’esprit que la naissance d’un tel processus dynamique exige - mais les membres des corps auxiliaires plus que quiconque. Aider les amis à visualiser cette première étape importante, et la multiplicité des moyens par lesquels elle peut être atteinte, est un aspect essentiel du service de chaque membre des corps auxiliaires et d’un nombre croissant de ses assistants. En ceci, comme dans toutes leurs tâches, ils doivent faire preuve de grandeur de vision et de clarté de pensée, de souplesse et d’ingéniosité. Ils devront épauler les amis, les soutenant à travers leurs luttes et partageant leurs joies. Certains de ces amis se retrouveront à l’avant-garde des activités, tandis que d’autres se lèveront d’une façon plus timide, et pourtant tous ont besoin de soutien et d’encouragement, offerts non pas dans l’abstrait, mais sur la base de cette connaissance intime qui ne s’acquiert qu’en travaillant côte à côte dans le champ du service. La foi en la capacité de chaque personne qui montre un désir de servir se révélera essentielle pour les efforts de ceux qui doivent susciter la participation sans réserve des croyants dans le Plan. L’amour inconditionnel, dépourvu de tout paternalisme, leur sera indispensable s’ils veulent aider à transformer l’hésitation en courage né de la confiance en Dieu et à transformer un désir d’émotions fortes en un engagement dans l’action à long terme. Une calme détermination sera essentielle dans leurs efforts pour démontrer comment les pierres d’achoppement peuvent être des tremplins pour le progrès. Et une aptitude à écouter avec une perception spirituelle accrue se révélera précieuse pour repérer les obstacles qui pourraient empêcher certains des amis de reconnaître l’impératif d’une action unifiée.

Augmenter l’intensité

Il est important de noter F émergence d’un esprit de communauté qui commence à exercer son influence sur le cours des événements à partir du moment où un programme de croissance voit le jour. Que les activités soient dispersées à travers le groupement ou concentrées dans un village ou un quartier, une notion d’objectif commun caractérise les efforts des amis. Quel que soit le niveau d’organisation qui a permis de canaliser les premières manifestations de cet esprit, la multiplication systématique et coordonnée des activités fondamentales exige que des niveaux plus élevés soient bientôt atteints. Grâce à diverses mesures, on peut conférer une structure plus élaborée à l'activité, et l'initiative, qui était auparavant largement façonnée par la volonté individuelle, acquiert maintenant une expression collective. Une équipe de coordinateurs nommés par l'institut se met en place, pour les cercles d'étude, pour les groupes de pré-jeunes et jour les classes d'enfants. N'importe quel ordre de nomination est potentiellement valable. Rien d'autre qu'une conscience aiguë de la situation sur le terrain ne devrait guider cette décision car ce qui est en jeu n'est pas la conformité à un ensemble de procédures, mais le déploiement d'un processus éducatif qui a commencé à montrer son potentiel pour entraîner la responsabilisation et l’habilitation spirituelles d'un grand nombre.

Parallèlement à la mise en place de mécanismes pour soutenir le processus de l'institut, d'autres structures administratives prennent progressivement forme. A partir des réunions occasionnelles d'un petit groupe de croyants apparaissent les délibérations régulières d'un noyau grandissant d'amis qui se préoccupent de canaliser une réserve croissante d'énergie dans le champ du service. Au fur et à mesure que le processus de croissance continue à prendre de l'ampleur, une telle organisation ne satisfait plus aux exigences de la planification et de la prise de décision, et un comité d’enseignement de groupement est constitué et les réunions de réflexion s’institutionnalisent. Dans les interactions conjointes du comité, de l'institut et des membres des corps auxiliaires, un schéma véritable de coordination des activités à part entière devient opérationnel - avec toute la capacité inhérente requise pour faciliter la circulation efficace des directives, des fonds et de l’information. A ce stade, le processus de croissance du groupement sera conforme au rythme établi par des cycles bien définis d'expansion et de consolidation, qui, ponctués tous les trois mois par une réunion de réflexion et de planification, se déroulent sans interruption.

Là encore, c'est aux membres des corps auxiliaires et à d'autres institutions et agences compétentes, telles que le conseil régional et le conseil de l'institut, de s'assurer que les structures administratives qui se forgent dans le groupement acquièrent les caractéristiques requises. En particulier, la séquence de cours que nous avons recommandée aux instituts partout dans le monde, qui favorise de façon si efficace le processus de transformation en cours, est conçue pour créer un environnement propice à la fois à la participation universelle ainsi qu'au soutien et à l'assistance mutuelle. Dans cet environnement, la nature des rapports entre les personnes, qui se considèrent toutes comme cheminant dans le même sentier de service, a été brièvement expliquée dans notre message de Ridván. Nous avons également indiqué qu'un tel environnement n'est pas sans effets sur les affaires administratives de la Foi. Étant donné qu'un nombre croissant de croyants participe au travail de l’enseignement et de l'administration, travail entrepris avec une humble attitude d’apprentissage, ils devraient considérer chaque tâche, chaque interaction, comme une occasion d'agir main dans la main dans la recherche du progrès et de s’accompagner les uns les autres dans leurs efforts pour servir la Cause. De cette façon, la tentation de donner trop d’instructions se trouvera réduite. De cette façon, la tendance à réduire un processus complexe de transformation en mesures simplistes, susceptibles d'être réduites à un manuel, sera évitée. Les actions individuelles s'inscrivent dans un ensemble et même le plus petit pas prendra un sens. L'intervention des forces spirituelles dans l'arène du service devient de plus en plus apparente et des liens d'amitié, si vitaux pour des modèles de croissance sains, sont continuellement renforcés.

Dans ce paysage de déploiement des processus, de structures émergentes et de camaraderie durable, le moment qui est maintenant connu sous le nom de « lancement » d'un programme intensif de croissance représente la reconnaissance consciente non seulement que tous les éléments nécessaires pour accélérer l'expansion et la consolidation de la Foi sont en place mais aussi qu'ils fonctionnent avec suffisamment d'efficacité. Il signale la maturation d'un système toujours grandissant et durable pour

l‘ édification spirituelle d’une population : un flux régulier d’amis avance à travers la séquence des cours de l’institut de formation et s’engage dans les activités correspondantes. ce qui sert, à son tour, à augmenter le nombre de nouvelles recrues dans la Foi, dont un pourcentage significatif ne manque pas d’entrer dans le processus d’institut, garantissant l’expansion du système. Ceci constitue un autre jalon que les amis travaillant dans chaque groupement doivent atteindre le moment venu.

En réitérant ici une grande partie de ce que nous avons dit précédemment, nous espérons vous faire comprendre la facilité avec laquelle le mouvement d’une population, inspiré par l’objectif et les principes de la Cause, peut être nourri, lorsqu’il ne fait pas l’objet de complications extérieures. Nous ne nous faisons aucune illusion que la voie tracée ci-dessus de manière sommaire soit dépourvue de difficultés. Le progrès est atteint grâce à la dialectique de crise et victoire, et les revers sont inévitables. Une baisse de la participation, une interruption dans les cycles d’activité, une rupture momentanée des liens d’unité font partie des innombrables défis qu’il faudra peut-être affronter. Il n’est pas rare que l’accroissement des ressources humaines ou la capacité à les mobiliser, soit en deçà des exigences de l’expansion rapide. Cependant, F imposition de formules sur le processus n’aboutira pas à un modèle de croissance caractérisé par l’équilibre souhaité. Des déséquilibres temporaires dans F avancement des différentes activités sont intrinsèques au processus, et ils peuvent être rectifiés au fil du temps, s’ils sont traités avec patience. Ralentir une activité en plein essor, sur la base de conceptions théoriques quant à la façon dont une croissance équilibrée peut être atteinte, se révèle souvent contreproductif Bien que les amis d’un groupement puissent profiter de F expérience de ceux qui ont déjà établi le modèle d’action nécessaire, ce n’est que grâce à une action, à une réflexion et à une consultation continues de leur part qu’ils apprendront à reconnaître leur propre réalité, à voir leurs propres possibilités, à utiliser leurs propres ressources et à répondre aux exigences à venir de l’expansion et la consolidation à grande échelle.

Il y a aujourd’hui environ 1 600 groupements à travers le monde où les amis ont réussi à créer le modèle d’action associé à un programme intensif de croissance. Bien qu’importante, cette réalisation ne peut en aucun cas être considérée comme F aboutissement du processus qui a pris de l'ampleur dans chaque groupement. De nouvelles frontières d’apprentissage sont maintenant ouvertes aux amis, qui sont appelés à consacrer leurs énergies à la création de communautés vibrantes, capables de croître et de refléter à des degrés de plus en plus élevés la vision de Bahá'u'lláh pour l'humanité. De tels groupements devront aussi servir de réservoirs de pionniers potentiels qui peuvent être principalement envoyés sur le front intérieur, groupement après groupement, diffusant, dans certains d'entre eux, les premiers rayons de lumière de sa révélation et renforçant, dans d'autres, la présence de la Foi, permettant ainsi à tous de progresser rapidement vers le premier jalon sur la voie du développement, ou au-delà. Dans cet esprit, nous demanderons à la communauté du plus grand Nom, à Ridván 2011, d’augmenter, durant les cinq prochaines années, le nombre total de groupements dans lesquels un programme de croissance est en cours, quel que soit son niveau d'intensité, à 5 000, environ le tiers de tous les groupements dans le monde à l'heure actuelle.

Étendre les frontières de l'apprentissage

Ce que nous vous avons décrit dans les paragraphes précédents, ainsi que dans nombre de messages au cours de la dernière décennie et demie, devrait être considéré comme la plus récente d'une série d’approches de la croissance de la communauté bahá'ie, chacune adaptée à des circonstances historiques spécifiques. Ce processus de croissance, divinement propulsé, fut mis en mouvement par la ferveur générée dans le berceau de la Foi, voici plus de cent soixante ans, lorsque des milliers de personnes répondirent à l'appel d'un jour nouveau, et il reçut un nouvel élan grâce aux efforts des premiers croyants qui portèrent le message de Bahá'u'lláh aux pays voisins de l'Est et dans quelques foyers dispersés de l'Ouest. Il acquit une structure plus importante grâce aux Tablettes du Plan divin révélées par ‘Abdu’l-Bahá et prit de l'ampleur quand les amis se dispersèrent systématiquement à travers le monde, sous la direction du Gardien, pour établir de petits centres d'activité bahá'ie et ériger les premiers piliers de 1‘Ordre administratif. Il se renforça dans les zones rurales du monde, où un grand nombre avait embrassé la Foi, mais il ralentit considérablement quand les amis s’efforcèrent de trouver des stratégies pour soutenir l’expansion et la consolidation à grande échelle. Et, depuis quinze ans maintenant, il n’a cessé de s’accélérer à partir du moment où nous avons, au début du plan de quatre ans, lancé l’appel au monde bahá’i de systématiser le travail d'enseignement sur la base de l'expérience qu’il a acquise grâce à des décennies d'apprentissage difficile mais inestimable. Rares sont ceux qui ne reconnaissent pas que l’approche actuelle quant à la croissance, aussi efficace soit-elle, doit encore évoluer en complexité et en sophistication une fois qu’elle a pris racine dans un groupement, tout en démontrant de plus en plus remarquablement le « pouvoir de reconstruction de la société » inhérent à la Foi.

Combien de fois le bien-aimé Gardien, faisant allusion au développement de la communauté mondiale bahá’ie, n’a-t-il pas encouragé les amis à demeurer résolus dans leur mission et à persévérer dans leurs efforts. « Conscients de leur haute vocation, confiants dans le pouvoir de reconstruction de la société que possède leur Foi », remarqua-t-il avec satisfaction, « ils vont résolument de l’avant, sans peur et sans découragement, et s’efforcent de façonner et de perfectionner les instruments nécessaires grâce auxquels l’ordre mondial encore embryonnaire de Bahá’u’lláh pourra mûrir et se développer. » « C’est ce processus constructeur, lent et discret », leur rappela-t-il, qui « constitue l’unique espoir » d’une humanité désabusée. Il ressort clairement de ses écrits que ce processus continuera à étendre sa portée et son influence et que l’Ordre administratif démontrera, à la longue, « sa capacité à être considéré non seulement comme le noyau, mais comme le seul modèle du nouvel ordre mondial ». « Dans un monde dont la structure des institutions politiques et sociales est ébranlée, dont la vision est embrumée, dont la conscience est désorientée, dont les systèmes religieux sont devenus anémiques et ont perdu leur vertu, affirma-t-il catégoriquement, cet agent curateur, cette puissance transformatrice, cette force cohésive, intensément vivante et envahissant tout», prend « forme, se concrétise sous forme d'institutions» et « mobilise ses forces ».

Ce qui devrait être évident, c’est que, si l’Ordre administratif doit servir de modèle à la société future, alors la communauté au sein de laquelle il se développe devra non seulement acquérir des capacités pour faire face aux exigences matérielles et spirituelles d’une complexité croissante, mais aussi continuer à s’agrandir. Comment pourrait-il en être autrement. Une petite communauté, dont les membres sont unis par leurs croyances communes, caractérisés par leurs idéaux élevés, compétents dans la gestion de leurs affaires et veillant à leurs besoins et peut-être engagés dans plusieurs projets humanitaires, une telle communauté, florissante, mais à une distance confortable de la réalité vécue par les masses de l’humanité, ne peut jamais espérer servir de modèle pour restructurer l’ensemble de la société. Le fait que la communauté mondiale bahá’ie a réussi à éviter les dangers de l’autosatisfaction est une source de joie éternelle pour nous. En effet, la communauté a bien en main son expansion et sa consolidation. Cependant, gérer les affaires d'innombrables habitants de villes et villages autour du monde - hisser bien haut l’étendard de l’ordre mondial de Bahá’u’lláh pour que tous le voient - est encore un objectif lointain.

Voila donc le défi qui doit être relevé par ceux qui sont à l’avant-garde du processus d’apprentissage qui continuera d’avancer au cours du prochain Plan. Où que s’établisse un programme intensif de croissance, que les amis ne ménagent aucun effort pour augmenter le niveau de participation. Qu’ils s’évertuent au maximum pour s’assurer que le système qu’ils ont si laborieusement édifié ne se referme pas sur lui-même, mais qu’il se déploie progressivement pour accueillir de plus en plus de personnes. Qu’ils ne perdent pas de vue la remarquable réceptivité qu’ils ont trouvée - et même, le sentiment de vive attente qui les habitait - quand ils ont pris confiance dans leur capacité à interagir avec des personnes de tous horizons et à parler avec elles de la Personne de Bahá’u’lláh et de sa révélation. Qu’ils maintiennent une ferme conviction qu’une présentation directe de la Foi, lorsqu’elle est menée à un niveau suffisant de profondeur et renforcée par une approche avisée de la consolidation, peut susciter des résultats durables. Et qu’ils n’oublient pas les leçons du passé qui n’ont laissé aucun doute sur le fait qu’un groupe relativement réduit de défenseurs actifs de la Cause, quelles que soient leurs ressources, quel que soit leur engagement, ne peut répondre aux besoins de communautés comprenant des centaines, encore moins des milliers, d’hommes, de femmes et d’enfants. Les implications sont suffisamment claires. Si, dans un groupement, ceux qui assument les responsabilités de l’expansion et la consolidation sont au nombre de quelques dizaines, avec quelques centaines de participants dans les activités de la vie communautaire, ces deux chiffres devraient augmenter de manière significative de sorte que, d’ici à la fin du Plan, une ou deux centaines facilitent la participation d’un ou deux milliers.

Il est réconfortant de voir que déjà dans quelque 300 des 1 600 groupements du monde où un programme intensif de croissance est désormais en cours, les croyants sont entrés dans la nouvelle arène d'apprentissage qui leur est maintenant offerte et que, dans plus d’un, ils en étendent les frontières. Manifestement, dans tous ces groupements, le renforcement des processus d’éducation mis en route par l’institut de formation, chacun avec ses exigences propres - des classes régulières pour les plus jeunes membres de la société, des groupes étroitement unis pour les pré-jeunes et des cercles d’études pour les jeunes et les adultes - est d’une importance primordiale. Une grande partie de ce qu'implique ce travail a été traité dans le message de Ridván. Sans exception, les amis de tels groupements, qui ont été les témoins directs des effets transformateurs du processus de l’institut, cherchent à acquérir une plus profonde compréhension de la dynamique qui le sous-tend - l’espritlde camaraderie qu’il crée, l’approche participative qu’il adopte, la compréhension profonde qu’il favorise, les actes de service qu’il recommande, et, surtout, son recours à la Parole de Dieu. Tous les efforts sont déployés pour s’assurer que le processus reflète pleinement la complémentarité de l‘« être » et du « faire » que les cours de l’institut rendent explicite ; le rôle central qu’ils accordent à la connaissance et à son application ; l’attention qu’ils attirent sur l’importance d’éviter les fausses dichotomies ; l’accent qu’ils mettent sur la mémorisation de la Parole créatrice : et le soin qu’ils prennent à éveiller la conscience, sans réveiller l’égo insistant.

Améliorer les capacités administratives

Bien que les éléments centraux du processus de croissance restent inchangés dans les groupements à l'avant-garde de l'apprentissage, les nombres en eux-mêmes exigent que les dispositifs organisationnels soutiennent un plus haut degré de complexité. Différentes innovations ont déjà été introduites, en fonction à la fois de considérations géographiques et de la croissance numérique. La division du groupement en unités plus petites, la décentralisation de la réunion de réflexion, l'affectation d’assistants aux coordinateurs d’institut, le déploiement d’équipes d’amis expérimentés pour soutenir les autres sur le terrain sont quelques-unes des mesures qui ont été prises à ce jour. Nous sommes certains que le Centre international d'enseignement, avec votre aide compétente, suivra ces progrès au cours du prochain Plan, afin de consolider les leçons apprises en des méthodes et des instruments éprouvés. A cette fin, vous et vos auxiliaires devrez cultiver un environnement qui encourage les amis à être méthodiques mais pas rigides, créatifs mais pas confus, résolus, mais pas hâtifs, attentifs mais sans esprit de contrôle, tout en reconnaissant qu’en dernière analyse, ce n’est pas la technique, mais l’unité de pensée, une action cohérente et un dévouement à l'apprentissage qui engendreront le progrès.

Quelle que soit la nature des dispositions prises au niveau du groupement pour la coordination des activités à grande échelle, le maintien de leur efficacité dépendra du développement des assemblées spirituelles locales et d’une capacité accrue des conseils régionaux bahá’is et, en fin de compte, des assemblées spirituelles nationales. Dans le message de Ridván, nous avons exprimé la satisfaction de constater la force croissante des assemblées nationales et nous envisageons les cinq prochaines années avec optimisme, certains que nous verrons des bonds en avant significatifs à cet égard. En outre, nous n’avons aucun doute que, de concert avec les assemblées nationales, vous serez en mesure d’aider les conseils régionaux à renforcer leur capacité institutionnelle. Il y a actuellement 170 de ces corps administratifs dans 45 pays à travers le monde, et leur nombre va sûrement augmenter au cours du prochain Plan. Il sera impératif que tous les conseils régionaux retiennent une attention particulière quant à l’activité de l’institut de formation et le fonctionnement des comités d'enseignement de groupement. Dans cet esprit, ils auront besoin de créer et d’affiner des mécanismes qui serviront à faire avancer le modèle de croissance qui se déploie au niveau du groupement et le processus d'apprentissage qui lui est associé. Ceux-ci comprendront un bureau régional qui fonctionne bien et qui fournit au secrétaire un support organisationnel de base ; un système solide de comptabilité qui concilie divers canaux pour les mouvements de fonds en provenance et à destination des groupements : des moyens efficaces de communication qui prennent en considération les réalités de la vie dans les villages et les quartiers ; et, là où cela se justifie, les structures matérielles qui favoriseront l’activité intense et focalisée. Il est important de souligner à cet égard que ce n’est que si les conseils eux-mêmes sont engagés dans un processus d’apprentissage que de tels mécanismes se révéleront efficaces. Sinon, alors que tout est apparemment créé pour soutenir l’apprentissage par l'action d'un nombre grandissant de participants dans les quartiers et villages, les systèmes en cours de développement pourraient bien jouer en leur défaveur de manière subtile en étouffant, involontairement, des aspirations croissantes au niveau de la base.

Alors que la collaboration avec les assemblées spirituelles nationales et les conseils régionaux sera une de vos principales préoccupations, vos auxiliaires devront concentrer de plus en plus leurs énergies vers la promotion des capacités institutionnelles au niveau local, où les besoins du développement communautaire se font sentir de manière si manifeste. Pour vous aider à entrevoir ce qui attend partout les membres des corps auxiliaires et leurs assistants, et en particulier dans les groupements qui connaissent une expansion et consolidation à grande échelle, nous vous demandons de réfléchir, en premier lieu, sur le développement des assemblées spirituelles locales dans les nombreuses régions rurales du monde, où se trouvent aujourd'hui la grande majorité de ces groupements.

Souvent, comme vous le savez, dans un groupement rural constitué de villages et peut-être d'une ou deux villes, pendant que le modèle d'action associé à un programme intensif de croissance est établi, les efforts des amis se limitent à quelques localités. Une fois en place, cependant, le modèle peut être étendu rapidement village après village, comme expliqué dans notre message de Ridván de cette année. Assez tôt, dans chaque localité, l'assemblée spirituelle locale voit le jour et son développement progressif suit une trajectoire parallèle et intimement liée au processus de croissance naissant qui se déploie dans le village. Et, de manière assez semblable à l'évolution d'autres facettes de ce processus, le développement de l'assemblée locale peut être mieux compris en termes de renforcement de capacités.

Ce qui doit se produire en premier lieu est relativement simple : la prise de conscience individuelle du processus de croissance qui s'accélère dans le village, prise de conscience qui est née de l'implication personnelle de chaque membre dans les activités fondamentales, doit se fondre en une conscience collective qui reconnaisse à la fois la nature de la transformation en cours et l'obligation de l'assemblée de l’encourager. Sans aucun doute, une juste attention devra être accordée à certaines fonctions administratives de base - par exemple, se réunir de manière assez régulière, célébrer les fêtes des dix-neuf jours et planifier les jours saints, établir un fonds local et organiser les élections annuelles conformément aux principes bahá'is. Toutefois, il ne devrait pas s'avérer difficile pour l'assemblée locale de lancer, de pair avec ces efforts et avec l’encouragement d'un assistant d'un membre des Corps auxiliaires, la consultation, en tant qu'institution, sur un ou deux sujets spécifiques présentant un intérêt immédiat pour la vie de la communauté : comment le caractère spirituel du village est rehaussé par les efforts des personnes qui ont terminé le premier cours de l'institut ; comment l'éducation spirituelle des enfants est abordée par les enseignants formés par l'institut ; comment se développe le potentiel des jeunes adolescents grâce au programme pour leur responsabilisation et habilitation spirituelles : comment se renforce le tissu spirituel et social de la communauté lorsque les amis vont les uns chez les autres. Alors que l'assemblée consulte sur de telles questions concrètes et apprend à alimenter le processus de croissance avec amour et patience, sa relation avec le comité d’enseignement de groupement et l'institut de formation s'affermit de plus en plus dans un but commun. Mais, plus important encore, elle commencera à jeter les bases sur lesquelles peut se construire ce lien éminemment affectueux et de soutien véritable, décrit par le bien-aimé Gardien dans nombre de ses messages, que toutes les assemblées spirituelles locales devraient établir avec chaque croyant.

De toute évidence, l’apprentissage de la consultation sur des sujets spécifiques en rapport avec le plan mondial, pour essentiel qu'il soit, ne représente qu'une dimension du processus de renforcement des capacités dans laquelle l'assemblée spirituelle locale doit s'engager. Son développement continu implique l'adhésion à l'injonction d'Abdu'l-Bahá selon laquelle « toute discussion devrait être limitée aux affaires spirituelles se rapportant à l'éducation des âmes, à l’instruction des enfants, au soulagement des pauvres, à l'aide aux faibles dans toutes les classes du monde, à la bienveillance envers tous les peuples, à la diffusion du parfum de Dieu et à l’élévation de ses Paroles sacrées ». Sa progression constante exige un engagement inébranlable à promouvoir les meilleurs intérêts de la communauté et une vigilance à protéger le processus de croissance contre les forces de la décadence morale qui menacent de l’enrayer. Son progrès continu fait appel à un sens des responsabilités qui s’étend au-delà du cercle des amis et des familles engagés dans les activités fondamentales pour englober toute la population du village. Et le fait de soutenir sa maturation progressive représente une foi inébranlable en la promesse faite par ‘Abdu’l-Bahá qu’il entourera chaque assemblée spirituelle de l’étreinte de ses soins et de sa protection.

Associée à cet essor de la conscience collective se trouve la capacité croissante de l’assemblée à bien évaluer et utiliser les ressources, financières et autres, tant au soutien des activités communautaires que dans l’exercice de ses fonctions administratives, ce qui, le moment venu, peut inclure la nomination judicieuse de comités et l’entretien d'installations modestes destinées à son fonctionnement. Non moins vitale est sa capacité à favoriser un environnement propice à la participation d’un grand nombre dans l’action unifiée et à s’assurer que leurs énergies et talents contribuent au progrès. A tous ces égards, le bien-être spirituel de la communauté reste au premier plan de la pensée de l'assemblée. Et lorsque surgissent d'inévitables problèmes, que ce soit en rapport à une activité ou entre les personnes, ils seront traités par une assemblée spirituelle locale qui aura tellement gagné la confiance des membres de la communauté que tous se tourneront naturellement vers elle pour demander de l’aide. Cela implique que l’assemblée ait appris, par expérience, comment aider les croyants à abandonner les états d’esprit partisans qui sèment la discorde, comment trouver les germes de l’unité, même dans les situations les plus confuses et épineuses et comment veiller à leur progrès, lentement et avec amour, soutenant à tout moment le principe de justice.

A mesure que la communauté grandit et développe sa capacité à maintenir la vitalité, les amis, nous l’avons indiqué dans le passé, seront encore plus impliqués dans la vie de la société et mis au défi de se servir des approches qu’ils auront développées pour répondre à un éventail grandissant de questions auxquelles leur village est confronté. La question de la cohérence, tellement essentielle à la croissance déjà accomplie et tellement fondamentale au cadre d’action évolutif du Plan, revêt désormais de nouvelles dimensions. Beaucoup incombera à l’assemblée locale, non pas comme un exécuteur de projets, mais comme la voix de l’autorité morale, pour veiller à ce que l’intégrité des efforts des amis ne soit pas compromise, alors qu’ils s’efforcent d’appliquer les enseignements de la Foi pour améliorer les conditions grâce à un processus d’action, de réflexion et de consultation.

Notre message de Ridván décrivait quelques-unes des caractéristiques de l’action sociale à la base et les conditions qu’elle doit remplir. Les efforts déployés dans un village commenceront en général sur une petite échelle, peut-être par l'émergence de groupes d’amis, chacun s’occupant d’un besoin social ou économique spécifique qu’il aura identifié et chacun poursuivant un ensemble simple de mesures adéquates. La consultation pendant la fête des dix-neuf jours crée un espace dans lequel la prise de conscience sociale croissante de la communauté trouve une expression constructive. Quelle que soit la nature des activités entreprises, l’assemblée locale doit être attentive aux pièges potentiels et aider les amis, si nécessaire, à se distancer de l’attrait de projets trop ambitieux qui absorberaient les énergies et qui, à la longue, se révèleraient indéfendables, de la tentation de subventions financières qui signifieraient une entorse aux principes bahá’is, des promesses de technologies aux apparences trompeuses lesquelles dépouilleraient le village de son patrimoine culturel et le conduiraient à la fragmentation et à la discordance. Finalement, la force du processus de l’institut dans le village et les capacités accrues qu’il a favorisées chez les personnes pourraient permettre aux amis de profiter des méthodes et programmes à l’efficacité éprouvée, qui ont été développés par l’une des organisations d'inspiration bahá’ie et qui ont été introduits dans le groupement à la suggestion et avec l’appui de notre Bureau de développement économique et social. En outre, l’assemblée doit apprendre à collaborer avec les structures sociales et politiques de la localité, tout en sensibilisant progressivement les esprits à la présence de la Foi et à l’influence qu’elle exerce sur les progrès du village.

Ce qui est exposé brièvement dans les paragraphes précédents ne représente que quelques-uns des attributs que les assemblées spirituelles locales, dans nombre de villages du monde, développeront progressivement pour répondre aux besoins de communautés qui intègrent de plus en plus de personnes. A mesure qu’elles manifesteront davantage leurs capacités et leurs pouvoirs latents, leurs membres en viendront à être considérés par les habitants de chaque village comme « les personnes de confiance du Miséricordieux parmi les hommes ». Ainsi ces assemblées seront devenues « des lampes étincelantes et des jardins célestes d’où sont diffusés en toutes régions les parfums de sainteté, et d’où les lumières de la connaissance sont répandues sur toutes choses créées. De ces assemblées, l’esprit de vie rayonne dans toutes les directions ».

Une aussi noble vision s’applique de même, bien entendu, à toutes les assemblées spirituelles locales du monde entier. Même dans une grande région métropolitaine, la nature du développement d’une assemblée est fondamentalement identique à celle décrite ci-dessus. Les différences résident principalement dans la taille et la diversité de la population. La première rend nécessaire la division de la zone de juridiction de l’assemblée en quartiers en fonction des exigences de la croissance, ainsi que F introduction progressive de mécanismes de gestion des affaires de la Foi dans chacun d’eux. La seconde exige que l’assemblée se familiarise avec une myriade d’espaces sociaux, au-delà des secteurs géographiques, dans lesquels certains segments de la population se réunissent, afin de leur offrir, dans la mesure du possible, la sagesse enchâssée dans les enseignements. En outre, les structures institutionnelles d’une zone urbaine, qu’elles soient sociales, politiques ou culturelles, avec lesquelles l’assemblée doit apprendre à dialoguer sont plus nombreuses et beaucoup plus étendues dans leur variété.

Servir dans les institutions bahá’íes

En vous présentant dans ces pages les développements que nous désirons voir dans le travail administratif de la Foi tout au long du prochain plan de cinq ans, les mises en garde répétées que lança le Gardien à cet égard nous viennent à l’esprit. « Soyons attentifs de crainte que dans notre grand souci de perfectionner les rouages du système administratif de la Cause, déclara-t-il, nous ne perdions de vue le but divin pour lequel il a été créé. » Le système administratif bahá’i, avait-il l’habitude de répéter, « doit être considéré comme un moyen, non comme une fin en soi ». Il a été conçu, nous fit-il comprendre, pour « être utilisé à une double fin ». D’une part, « il devrait viser à l’expansion régulière et progressive » de la Cause « selon des lignes directrices qui sont à la fois générales, saines et universelles ». D’autre part, « il devrait assurer la consolidation interne du travail déjà accompli ». Et il poursuivit en expliquant : « Il devrait à la fois fournir l’impulsion qui permettra aux forces dynamiques latentes dans la Foi de se déployer, de se cristalliser et de donner forme à la vie et à la conduite des hommes, et servir d'intermédiaire pour l’échange des idées et la coordination des activités entre les divers éléments qui constituent la communauté bahá’ie. »

Nous espérons ardemment qu’au cours du prochain Plan, dans vos efforts pour promouvoir le développement sain et harmonieux de l'administration bahá’ie à tous les niveaux, du local au national, vous ferez tout votre possible pour aider les amis à s’acquitter de leurs fonctions dans le cadre du processus organique de croissance qui prend de l’ampleur à travers le monde. La réalisation de cet espoir repose, dans une large mesure, sur le degré avec lequel ceux qui ont été appelés à rendre un tel service - qu’ils soient élus à une assemblée spirituelle ou nommés dans l’une de ses agences, qu’ils soient désignés comme coordinateur de l’institut ou nommés comme l’un de vos adjoints - reconnaissent le grand privilège qui est le leur et comprennent les limites que ce privilège leur fixe.

Le service au sein des institutions et agences de la Foi est en effet un immense privilège, mais un privilège qui, ne devrait pas être recherché par l’individu ; c’est un devoir et une responsabilité auxquelles il peut être appelé à tout moment donné. Il est compréhensible, bien sûr, que tous ceux qui sont engagés dans l'administration bahá’ie puissent avoir, à juste titre, le sentiment d’avoir été investis d’un honneur exceptionnel en faisant partie, de quelque manière que ce soit, d’une structure conçue pour être un canal à travers lequel circule l’esprit de la Cause. Pourtant, ils ne doivent pas s’imaginer qu’un tel service leur donne le droit de remplir leur fonction en marge du processus d'apprentissage qui partout gagne de la force, dispensés de remplir les conditions qui y sont attachées. Il ne faut pas supposer, non plus, qu’être membre d’un corps administratif procure une occasion de promouvoir sa propre compréhension de ce qui est consigné dans le Texte sacré et de la façon dont les enseignements devraient être appliqués, conduisant la communauté dans une direction dictée par des préférences personnelles. Faisant allusion aux membres des assemblées spirituelles, le Gardien a écrit qu’ils « doivent négliger complètement leurs propres goûts et antipathies, leurs intérêts et inclinations personnels, et concentrer leurs pensées sur les mesures qui contribueront au bien-être et au bonheur de la communauté bahá’ie et qui favorisent le bien public ». Les institutions bahá’ies exercent en effet une autorité pour guider les amis et influencent moralement, spirituellement et intellectuellement la vie des personnes et des communautés. Toutefois, ces fonctions doivent être accomplies avec l’éthique de l’esprit de service affectueux qui imprègne l’identité institutionnelle bahá’ie. Le fait de qualifier l’autorité et l’influence de cette manière implique du sacrifice de la part de ceux à qui a été confiée Fadministration des affaires de la Foi ‘Abdu’l- Bahá ne nous dit-il pas que « lorsqu’un morceau de fer est jeté dans la forge, ses qualités propres de noirceur, froideur et solidité qui symbolisent les attributs du monde humain, sont cachées et disparaissent, alors que les qualités caractéristiques du feu tels que le rougeoiement, la chaleur et la fluidité, qui symbolisent les vertus du Royaume, y deviennent manifestement apparentes ». Comme il l’affirma, « dans ce service à l’humanité, vous devez faire jusqu'au sacrifice de vos vies et vous réjouir tout en vous soumettant ».

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Amis chèrement aimés, comme vous le savez bien, nous prenons grand plaisir à voir avec quelle compétence vous et vos auxiliaires, qui servez à l'avant-garde de F enseignement, accomplissez vos fonctions consistant à entretenir dans chaque cœur et chaque âme le feu de l’amour de Dieu, à promouvoir F apprentissage et à soutenir chacun dans ses efforts pour acquérir un caractère droit et louable. Lorsque la communauté bahá’ie d’Amérique du Nord se lança dans son premier plan de sept ans, en assumant les responsabilités qui lui avait été confiées dans les Tablettes du Plan divin, le Gardien adressa aux amis de ce pays une lettre d’une longueur considérable et d’une grande puissance, datée du 25 décembre 1938 et publiée par la suite sous le titre de V Avènement de la justice divine. S’étendant sur la nature des tâches en cours, la lettre faisait référence à ce que le Gardien décrit comme des conditions spirituelles préalables pour la réussite de toute entreprise bahá’ie. Trois d’entre elles, a-t-il indiqué, « sont prédominantes et vitales » : la rectitude de conduite, une vie chaste et sainte et l’absence de préjugés. Compte tenu des conditions du monde d'aujourd'hui, vous feriez bien de réfléchir aux implications de ses observations pour l’effort mondial de la communauté bahá’ie qui vise à insuffler dans un groupement après l’autre l’esprit de la révélation de Bahá'u'lláh.

Faisant allusion à la rectitude de conduite, Shoghi Effendi évoquait les qualités « de justice, d’équité, de véracité, d'honnêteté, d’impartialité, de probité et d’un caractère digne de confiance » qui doivent « distinguer chaque phase de la vie de la communauté bahá’ie ». Bien qu’applicable à tous ses membres, cette condition était surtout adressée, souligna-t-il, aux «représentants élus, soit locaux, régionaux, ou nationaux », dont le sens de la droiture doit se dresser en nette opposition aux « influences démoralisantes qu’une vie politique, infestée de corruption, manifeste de façon si frappante ». Le Gardien demandait « un sens constant de justice inébranlable » en un « monde singulièrement désorganisé » et il citait abondamment les Ecrits de Bahá’u’lláh et de 'Abdu'1-Bahá, fixant la vision des amis sur les préceptes les plus élevés d’honnêteté et de fiabilité. Il pria les croyants d'exemplifier la rectitude de conduite dans tous les aspects de leur vie - dans leurs relations d’affaires dans leur vie familiale, dans toutes les formes d’emplois, dans tous les services qu’ils rendent à la Cause et à leur peuple —età respecter ses critères dans leur adhésion sans faille aux lois et principes de la Foi. Il est évident que la vie politique a continué à se détériorer partout à un rythme alarmant entre-temps, alors que la conception même d’homme d’Etat a été vidée de son sens, alors que les programmes politiques en sont venus à servir les intérêts économiques de quelques-uns au nom du progrès, et alors qu’on a laissé l’hypocrisie saper le fonctionnement des structures sociales et économiques. En effet, si un grand effort était alors exigé des amis pour maintenir les préceptes élevés de la Foi, plus grand encore devra être cet effort dans un monde qui récompense la malhonnêteté, qui encourage la corruption et qui traite la vérité comme une denrée négociable. Profonde est la confusion qui menace les fondements de la société et sans faille doit être la détermination de tous ceux engagés dans les activités bahá’ies, de crainte que la moindre trace d’intérêt égoïste n’obscurcisse leur jugement. Que les coordinateurs de chaque institut de formation, les membres de chaque comité d’enseignement de groupement, chaque membre des corps auxiliaires et chacun de ses assistants, et tous les membres de chaque organisme bahá'í local, régional et national, qu'ils soient élus ou nommés, soient conscients de l’importance de l'appel du Gardien à méditer dans le tréfonds de leur cœur les implications de la droiture qu'il décrit avec une telle clarté. Que leurs actions soient un rappel, à une humanité lasse et aux abois, de sa haute destinée et de sa noblesse inhérente.

Les commentaires sans détours du Gardien sur l’importance d'une vie chaste et sainte, « avec ses implications de modestie, de pureté, de sobriété, de décence et de pureté de pensée » ne sont pas moins pertinents pour le succès de l'entreprise bahá'ie d’aujourd’hui. Il était explicite dans son langage, enjoignant aux amis une vie sans la souillure « des indécences, des vices et des fausses normes qu'un code moral aux déficiences inhérentes tolère, perpétue et favorise ». Il ne nous est pas nécessaire de vous fournir ici une preuve de l'influence qu'un tel code déficient exerce aujourd'hui sur l'humanité dans son ensemble, car même les coins les plus reculés du globe sont captivés par ses séductions. Pourtant, nous nous sentons obligés de mentionner quelques points spécifiquement liés au thème de la pureté. Les forces à l'œuvre dans les cœurs et les esprits des jeunes, à qui le Gardien adressait son appel avec le plus de ferveur, sont véritablement pernicieuses. Les exhortations à demeurer purs et chastes ne réussiront qu'à un degré limité à les aider à résister à ces forces. Ce dont il faut se rendre compte à cet égard, c'est la mesure dans laquelle les jeunes esprits sont affectés par les choix que les parents font pour leur propre vie quand, quelle que soit l'intention et même en toute innocence, de tels choix donnent l’apparence d’acceptation des passions du monde - d’admiration pour le pouvoir, d'adoration du prestige, d'amour du luxe, d’attachement à des passe-temps frivoles, de glorification de la violence, et d'obsession de la gratification personnelle. Il faut bien comprendre que l'isolement et le désespoir dont souffrent tant de personnes sont les produits d'un environnement régi par un matérialisme omniprésent. Et c'est là que les amis doivent comprendre toutes les ramifications de l’affirmation de Bahá'u'lláh que « le présent ordre des choses » devra obligatoirement être « révolu et [qu‘] un nouveau le remplacera ». Aujourd’hui, dans le monde entier, les jeunes sont parmi les partisans les plus enthousiastes du Plan et les champions les plus ardents de la Cause, et leur nombre, nous en sommes certains, augmentera d'année en année. Puisse chacun d'entre eux connaître les bienfaits d'une vie ornée de pureté et apprendre à tirer parti des forces qui coulent dans des canaux purs.

Le Gardien aborda ensuite le sujet du préjugé, déclarant notamment que « toute division ou scission » dans les rangs de la Foi « est opposée à ses buts, principes et idéaux mêmes ». Il fit bien comprendre que les amis devraient manifester « l'absence totale de préjugés dans leurs rapports avec les gens de différentes races, classes, dénominations ou couleurs ». Et il poursuivit en traitant longuement le sujet particulier du préjugé racial, « dont la corrosion », fit-il savoir, « a rongé la fibre et attaqué la structure sociale entière de la société américaine » et lequel, affirma-t-il à l'époque, « devrait être considéré comme le problème le plus vital et le plus brûlant que la communauté bahá'ie doit affronter au stade actuel de son évolution ». Quelles que soient les forces et les faiblesses des mesures prises par la nation américaine, et par la communauté bahá'ie évoluant en son sein, pour relever ce défi particulier, le fait demeure que les préjugés de toutes sortes - de race, de classe, d'ethnie, de sexe, de religion - maintiennent encore une forte emprise sur l'humanité. S'il est vrai qu'au niveau du discours public de grands progrès ont été faits pour réfuter les mensonges qui engendrent les préjugés de toute sorte, ceux-ci imprègnent encore les structures de la société et marquent systématiquement la conscience individuelle. Il devrait être évident pour tous que le processus mis en marche par la série actuelle de Plans mondiaux cherche, dans ses approches et dans les méthodes qu'il emploie, à renforcer les capacités de tous les groupes humains - sans égard pour la classe ou l’appartenance religieuse, sans se soucier de l'origine ethnique ou de la race, sans distinction de sexe ou de statut social —àse lever et à contribuer à l’avancement de la civilisation. Nous prions pour qu'à mesure qu'il se déploie progressivement, il puisse réaliser son potentiel en désactivant tous les instruments conçus par l'humanité durant la longue période de son enfance pour qu'un groupe en opprime un autre.

Le processus d’éducation associé à l’institut de formation aide, bien sûr, à promouvoir les conditions spirituelles auxquelles se référait le Gardien dans Y Avènement de la justice divine, de même que beaucoup d’autres mentionnées dans les écrits et qui doivent caractériser la vie de la communauté bahá’ie - l’esprit d’unité qui doit animer les amis, les liens d’amour qui doivent les unir, la fermeté dans l’Alliance qui doit les soutenir, et la foi et la confiance qu’ils doivent placer dans le pouvoir de l’assistance divine, pour n’en mentionner que quelques-unes. Le fait que de tels attributs essentiels soient développés dans le cadre du renforcement des capacités pour le service, dans un environnement qui cultive l’action systématique, est particulièrement digne d’intérêt. Dans la promotion de cet environnement, les membres des corps auxiliaires et leurs assistants doivent reconnaître l’importance de deux préceptes fondamentaux et interdépendants : d’une part, que la conduite exemplaire inculquée par la révélation de Bahá’u’lláh ne peut admettre aucun compromis, elle ne peut, en aucune façon, être rabaissée ; et tous doivent fixer leur regard sur ses nobles sommets. D’autre part, il faut reconnaître qu’en tant qu’êtres humains, nous sommes loin d’être parfaits ; ce qu’on attend de tous est l’effort quotidien sincère. La prétention moralisatrice est à proscrire.

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Outre les exigences spirituelles d’une vie bahá’ie sanctifiée, il y a des habitudes de pensée qui influent sur 1‘ épanouissement du Plan mondial, et leur développement doit être encouragé au niveau de la N culture. Il y a, de même, des tendances qui doivent être surmontées progressivement. Nombre d’entre A elles sont renforcées par les approches courantes de la société en général, qui, tout compte fait et à juste titre, pénètrent les activités bahá’ies. L’ampleur du défi auquel sont confrontés les amis à cet égard ne nous échappe pas. Ils sont appelés à s’impliquer de plus en plus dans la vie de la société, jouissant de ses programmes éducatifs, excellant dans ses métiers et professions, apprenant à bien employer ses outils et s'appliquant à l’avancement des arts et des sciences. En même temps, ils ne doivent jamais perdre de vue l’objectif de la Foi qui est de parvenir à une transformation de la société, à la refonte de ses institutions et processus, d’une ampleur encore jamais vue. A cette fin, ils doivent rester extrêmement conscients de les inadéquations des modes de pensée et d’action en cours et ce sans éprouver le moindre degré de supériorité, sans prendre un air de mystère ou de réserve et sans adopter une attitude inutilement critique envers la société. Il y a quelques points particuliers que nous souhaitons mentionner à cet égard.

Il est réconfortant de noter que les amis abordent l’étude des messages de la Maison universelle de justice se rapportant au Plan avec une telle diligence. Le niveau des discussions suscitées alors qu’ils s’efforcent de mettre en pratique les directives reçues et d’apprendre par l’expérience, est impressionnant. Cependant, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que les succès ont tendance à être plus durables dans les régions où les amis s’efforcent de comprendre la totalité de la vision exprimée dans les messages, alors que des difficultés surgissent souvent lorsque les expressions et les phrases sont prises hors contexte et considérées comme des fragments isolés. Les institutions et agences de la Foi devraient aider les croyants à analyser, non à réduire, à méditer le sens, non à s’étendre sur les mots, à identifier différents domaines d’action, non à compartimenter. Nous nous rendons compte que ce n’est pas une mince tâche. La société s’exprime de plus en plus sous forme de slogans. Nous espérons que les habitudes que les amis acquièrent dans les cercles d’étude de travailler avec des idées entières et complexes et de parvenir à la compréhension seront étendues à des sphères d’activité variées.

Étroitement liée à l’habitude de réduire un thème entier en une ou deux phrases attrayantes est la tendance à percevoir des dichotomies là où, en fait, il n’en existe pas. Il est essentiel que les idées qui font partie d’un ensemble cohésif ne soient pas opposées les unes aux autres. Dans une lettre écrite en son nom, Shoghi Effendi nous a mis en garde : « Nous devons accepter les enseignements comme un grand tout équilibré et non pas repérer deux puissants énoncés qui ont des sens différents et les opposer : car, quelque part entre les deux, il y a des liens qui les unissent. » Combien nous avons été encouragés en constatant que beaucoup des malentendus du passé se sont atténués à mesure que la compréhension des dispositions du Plan a augmenté. L’expansion et la consolidation, l’action individuelle et les campagnes collectives, le raffinement du caractère personnel et la consécration au service désintéressé - la relation harmonieuse entre ces facettes de la vie bahá’ie est maintenant bien reconnue. Nous ressentons le même plaisir de savoir que les amis sont sur leurs gardes, de crainte que de nouvelles fausses dichotomies puissent imprégner leurs pensées. Ils sont bien conscients du fait que les divers éléments d’un programme de croissance sont complémentaires. La tendance à voir les activités, et les agences qui les soutiennent, en concurrence les unes avec les autres, une tendance si commune dans la société en général, est évitée par la communauté.

Finalement, une avancée significative au niveau de la culture que nous avons suivie avec un intérêt particulier, se caractérise par 1‘ amélioration de la capacité de penser en termes de processus. Le fait que, dès le début, les croyants aient été invités à être toujours conscients des processus généraux qui définissent leur travail ressort d’une lecture attentive des toutes premières communications du Gardien liées aux premiers plans nationaux de la Foi. Toutefois, dans un monde de plus en plus axé sur la promotion d’événements ou, au mieux, de projets, avec un état d'esprit qui tire satisfaction du sentiment d’expectative et d'excitation qu'ils génèrent, il faut des efforts considérables pour maintenir le niveau de dévouement requis pour les actions à long terme. L’expansion et la consolidation de la communauté bahá'ie englobent un certain nombre de processus interactifs, dont chacun apporte sa part au mouvement de l'humanité vers la vision de Bahá'u'lláh d'un nouvel ordre mondial. Les lignes d'action associées à un processus donné prévoient l’organisation d’événements occasionnels, et, de temps à autre, les activités prennent la forme d'un projet avec un début visible et une fin établie. Cependant, si des événements sont imposés au cours du déroulement naturel d'un processus, ils vont perturber sa saine évolution. Si les projets entrepris dans un groupement ne sont pas subordonnés aux besoins explicites des processus qui s'y déploient, ils porteront peu de fruits.

La compréhension de la nature des processus interactifs qui, dans leur totalité, engendrent l'expansion et la consolidation de la Foi est essentielle à la bonne exécution du Plan. Dans vos efforts pour faire avancer cette compréhension, nous vous encourageons, ainsi que vos auxiliaires, à garder à l'esprit un concept qui est à la base de l'entreprise mondiale actuelle et, d'ailleurs, au cœur même de chaque étape du Plan divin, à savoir que les progrès sont réalisés grâce au développement de trois participants : l'individu, les institutions et la communauté. Tout au long de l'histoire humaine, les interactions entre ces trois participants ont été semées d’embûches à tout instant, l'individu réclamant la liberté, l'institution exigeant la soumission et la communauté revendiquant la préséance. Chaque société a défini, d'une manière ou d'une autre, les relations qui relient les trois, donnant lieu à des périodes de stabilité, mêlées de désarroi. Aujourd’hui, en cette ère de transition, alors que l'humanité se bat pour atteindre sa maturité collective, ces relations - et même la conception de l'individu, des institutions sociales et de la communauté - sont toujours en proie à des crises innombrables. La crise mondiale de l'autorité en apporte assez la preuve. Ses abus ont été si cruels et la suspicion et le ressentiment qu'elle suscite de nos jours si profonds que le monde devient de plus en plus ingouvernable, situation d'autant plus périlleuse que les liens communautaires s’affaiblissent.

Chaque disciple de Bahá'u'lláh sait bien que le but de sa révélation est de faire naître une nouvelle création. « La création tout entière fut bouleversée » à peine « le premier appel » était-il « parti de ses lèvres, et [...] tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur terre en furent remués jusqu'au plus profond d'eux-mêmes ». L'individu, les institutions et la communauté - les trois protagonistes du Plan divin - sont modelés par l'influence directe de sa révélation, et une nouvelle conception de chacun d'eux, appropriée à une humanité qui est arrivée à maturité, se dessine. Les relations qui les relient, elles aussi, subissent une profonde transformation et ainsi engendrent dans le domaine de l'existence des forces pour la construction de la civilisation qui ne peuvent être libérées qu'en se conformant à son décret. A un niveau fondamental, ces relations sont caractérisées par la coopération et la réciprocité, manifestations de l’interdépendance qui régit l'univers. C'est ainsi que l'individu, sans tenir compte de « son propre bénéfice personnel et ses avantages égoïstes » en vient à se voir lui-même comme « l'un des serviteurs de Dieu, l’Omnipossédant » dont le seul désir est d'observer ses lois. C'est ainsi que les amis en viennent à reconnaître que « une richesse de sentiments, une profusion de bonne volonté et d'efforts » sont de peu d'utilité lorsque leur flot n'est pas canalisé le long des voies appropriées, que « la liberté totale de l'individu devrait être tempérée par la consultation mutuelle et le sacrifice » et que « l'esprit d'initiative et d'entreprise devrait être renforcé par une compréhension plus profonde de la nécessité suprême d’une action concertée et d’un dévouement plus complet au bien commun ». Et c’est ainsi que tous parviennent à discerner avec aisance les domaines d’activité dans lesquels l’individu peut le mieux faire preuve d’initiative et ceux qui relèvent des seules institutions. « De cœur et d’âme », les amis suivent les directives de leurs institutions, afin que, comme l’explique ‘Abdu’l- Bahá, « les affaires soient proprement réglées et bien arrangées ». Ceci, bien entendu, n’est pas une obéissance aveugle ; c’est une obéissance qui marque F émergence d’une race humaine mature qui saisit les implications d’un système d’une portée aussi considérable que le nouvel Ordre mondial de Bahá’u’lláh.

Et ceux qui sont appelés, d’entre les rangs d’âmes aussi enflammées. à servir dans les institutions de ce puissant système comprennent bien les paroles du Gardien selon lesquelles « leur fonction n’est pas de dicter, mais de consulter et de consulter non seulement entre eux, mais autant que possible avec les amis qu’ils représentent ». Ils ne seront « jamais » amenés à « supposer qu’ils sont les ornements centraux du corps de la Cause, intrinsèquement supérieurs aux autres, en capacité ou mérite, et les seuls promoteurs de ses enseignements et de ses principes ». « Avec extrême humilité », ils abordent leurs tâches « et s‘efforce[nt] par leur ouverture d’esprit et leur sens élevé de la justice et du devoir, leur franchise, leur modestie, leur total dévouement au bonheur et à l’intérêt des amis, de la Cause, et de l’humanité, de gagner non seulement la confiance et le respect sincères de ceux qu’ils servent, mais également leur estime et leur affection réelle ». Dans F environnement ainsi créé, les institutions investies d’autorité se voient comme des instruments pour alimenter le potentiel humain, assurant son épanouissement tout au long de voies productives et méritoires.

Composée de tels individus et de telles institutions, la communauté du plus grand Nom devient cette arène spirituellement chargée où les forces sont multipliées dans l’action unifiée. C’est à propos de cette communauté que ‘Abdu’l-Bahá écrit : « lorsque des âmes deviendront de véritables croyants, elles parviendront à une relation spirituelle les unes avec les autres et témoigneront d’une tendresse qui n’est pas de ce monde. Elles seront toutes transportées de joie par une gorgée de l’amour divin et leur union, ce lien, demeurera à jamais. Les âmes qui relègueront leur ego dans l’oubli, qui se dépouilleront des défauts de l’humanité et se libéreront de l’asservissement humain, seront sans nul doute illuminées des célestes splendeurs de l’unité, et parviendront toutes à la véritable union dans le monde immortel. »

A mesure que de plus en plus d’âmes réceptives embrassent la cause de Dieu et rejoignent ceux qui participent déjà à l’entreprise mondiale en cours, le développement et l’activité de l’individu, des institutions et de la communauté recevront assurément une puissante impulsion vers l’avant. Puisse une humanité désemparée voir dans les relations qui sont tissées entre ces trois protagonistes par les disciples de Bahá’u’lláh un modèle de vie collective qui va la propulser vers sa haute destinée. Telle est notre fervente prière dans les mausolées sacrés.

La Maison universelle de justice

(Traduction révisée du 24 février 2011 par le comité ad hoc de traduction sous l’égide de l’Assemblée Spirituelle Nationale des bahá’ís de France.)

(Site officiel Bahá’ís de France)