TRADUCTION
Le 2 mars 2013
Aux bahá’ís d’Iran
Amis chèrement aimés.
Depuis maintenant trois décennies et demie, des vagues incessantes de persécution d’intensité variable se sont abattues sur votre communauté cruellement éprouvée et vaillante, un déferlement qui n’est que le dernier d’une série déclenchée il y a plus de cent soixante ans. Cependant, contrairement aux attentes de ceux enclins à miner la force de la communauté des disciples de Bahá’u’lláh dans son pays natal, leurs machinations ont finalement servi à renforcer ses fondations et à fortifier ses rangs. De plus en plus de vos compatriotes, eux- mêmes victimes de l’oppression, non seulement voient clairement la marque laissée par les injustices qui ont été perpétrées contre les bahá'ís au fil des années, mais reconnaissent également une force de changement constructif dans vos annales inégalées de service désintéressé à la société. Le mouvement de sympathie à votre endroit continue de s’amplifier, tout comme les voix appelant à lever les obstacles qui vous ont empêchés de participer à la vie de la société dans toutes ses dimensions. Il n'est donc pas surprenant que des questions concernant la position adoptée par les bahá'ís partout dans le monde au sujet de la vie politique aient pris une importance plus grande aux yeux de vos concitoyens.
Historiquement, bien sûr, la position dans laquelle la communauté bahá'íe iranienne s'est trouvée à cet égard a été très particulière. D'une part, elle a été faussement accusée d'avoir des motivations politiques, de se liguer contre le régime en place — de se faire l'agent de l'une ou l'autre puissance étrangère servant le mieux aux fins de l’accusateur. D'autre part, le refus catégorique des membres de la communauté d'être mêlés à la politique partisane a été dépeint comme un profond manque d'intérêt pour les affaires du peuple iranien. Maintenant que les vraies intentions de vos oppresseurs ont été mises à nu, il vous incombe de répondre à l’intérêt grandissant de vos concitoyens qui cherchent à comprendre l'attitude bahá'íe à l'égard de la politique, de crainte que des idées fausses ne viennent distendre les liens d'amitié que vous tissez avec de si nombreuses âmes. Pour ce faire, ils méritent plus que quelques affirmations, aussi importantes soient-elles, qui évoquent des images d'amour et d'unité. Pour vous aider à leur transmettre une vision du cadre qui définit l'approche bahá'íe de ce sujet, nous vous offrons les commentaires ci-dessous.
Une conception toute particulière de l'histoire, de son cours et de son orientation est un élément inséparable du point de vue bahá'í sur la politique. Tous les disciples de Bahá'u'lláh ont la ferme conviction que l'humanité s’approche aujourd’hui de l'étape suprême d'un processus long de plusieurs millénaires qui l'a amenée de son enfance collective au seuil de la maturité, une étape qui sera témoin de l’unification du genre humain. De la même manière qu'une personne passe par la période troublée et cependant prometteuse de l’adolescence, au cours de laquelle des aptitudes et des capacités latentes sont révélées, l’humanité toute entière est au cœur d’une transition sans précédent. A l’origine d’une grande partie de l’agitation et du désordre de la vie moderne se trouvent les soubresauts d’une humanité qui lutte pour atteindre sa maturité. Les pratiques et les coutumes largement acceptées, les attitudes et les habitudes les plus chères, tombent les unes après les autres dans la désuétude alors que les impératifs de la maturité commencent à s’imposer.
Les bahá’ís sont encouragés à voir, dans les changements révolutionnaires qui ont lieu dans toutes les sphères de la vie, P interaction de deux processus fondamentaux. Un qui est destructif par nature, alors que l’autre est intégratif ; tous deux servent à mener l’humanité, chacun à sa façon, sur le chemin conduisant à sa pleine maturité. L’intervention du premier est partout apparente : dans les vicissitudes qu'ont subies de vénérables institutions, dans l’impuissance des dirigeants à tous les niveaux à colmater les fractures apparaissant dans la structure de la société, dans le démantèlement des normes sociales qui ont longtemps réfréné des passions inconvenantes, et dans le découragement et l’indifférence qui se manifestent non seulement sur le plan individuel, mais également dans des sociétés entières qui ont complètement perdu le sentiment vital d'agir dans un but précis. Bien que dévastatrices dans leurs effets, les forces de désintégration contribuent à faire tomber les barrières qui empêchent le progrès de l’humanité, offrant au processus d’intégration la possibilité de rassembler des groupes divers et dévoilant de nouvelles occasions de coopération et de collaboration. Les bahá'ís, bien sûr, s’efforcent individuellement et collectivement de s'aligner sur les forces associées au processus d’intégration, qui, ils en sont certains, continuera de prendre de l'ampleur, aussi sombre que soit l'avenir immédiat. Les affaires de l’humanité seront complètement réorganisées et une ère de paix universelle sera inaugurée.
Telle est la vision de l'histoire qui sous-tend tous les efforts poursuivis par la communauté bahá'íe.
Comme vous l'avez appris de votre étude des écrits bahá'ís, le principe qui est appelé à infuser toutes les facettes de la vie organisée sur la planète est l'unité de l’humanité, le signe distinctif de l'âge de maturité. Le fait que l'humanité constitue un seul et même peuple est une vérité qui, autrefois considérée avec scepticisme, revendique aujourd’hui une acceptation générale. Le rejet de préjugés profondément enracinés et le sentiment grandissant d’une citoyenneté mondiale sont certains des signes de cette prise de conscience accrue. Cependant, aussi prometteur que soit l'essor de la conscience collective, il devrait n'être considéré que comme la première étape d'un processus qui prendra des décennies — voire même des siècles — à se déployer. Car le principe de l'unité de l’humanité, tel que proclamé par Bahá'u'lláh, n'appelle pas simplement à la coopération entre les peuples et les nations. Il exige une reconceptualisation complète des relations qui structurent la société. L’intensification de la crise environnementale, entraînée par un système qui ferme les yeux sur le pillage des ressources naturelles afin de satisfaire une convoitise insatiable, indique à quel point la conception actuelle de la relation de l'humanité avec la nature est totalement inappropriée ; la détérioration du milieu familial, avec l’augmentation concomitante de l’exploitation systématique des femmes et des enfants dans le monde entier, démontre clairement combien les notions erronées qui définissent les relations au sein de la cellule familiale sont omniprésentes ; la persistance du despotisme d'une part, et le mépris grandissant pour l'autorité d'autre part, révèlent à quel point la nature des relations actuelles entre l'individu et les institutions de la société est peu satisfaisante pour une humanité arrivant à maturité ; la concentration des richesses matérielles entre les mains d'une minorité de la population mondiale nous montre à quel point les relations entre les nombreux secteurs de ce qui est à présent une communauté mondiale qui se dessine sont foncièrement mal conçues. Le principe de l’unité de l’humanité implique, donc, un changement organique de la structure même de la société.
II est nécessaire d'affirmer clairement ici qee les bahá'ís ne croient pas que la transformation ainsi envisagée se produira exclusivement grâce à leurs propres efforts. Ils n'essaient pas non plus de créer un mouvement qui chercherait à imposer à la société leur vision de l'avenir. Chaque nation, chaque groupe — en fait, chaque personne — contribuera, plus ou moins activement, à l’émergence d'une civilisation mondiale vers laquelle l’humanité s’achemine inévitablement. L'unité sera progressivement atteinte, comme l'a annoncé ‘Abdu'l- Bahá, dans les différentes sphères de la vie sociale, par exemple, « l'unité du monde politique », « l'unité de pensée dans les affaires du monde », « l'unité du genre humain » et « l'unité des nations ». Alors que celles-ci en viennent à se réaliser, les structures d'un monde politiquement uni, qui respectera toute la diversité des cultures et fournira des voies pour l’expression de la dignité et de l'honneur, prendront peu à peu forme.
La question qui retient l'attention de la communauté bahá'íe dans le monde entier est donc de savoir comment elle peut au mieux contribuer au processus de construction de la civilisation, au fur et à mesure que ses ressources augmentent. Elle conçoit sa contribution comme ayant deux dimensions. La première est liée à sa croissance et à son développement, et la seconde à son engagement dans l’ensemble de la société.
En ce qui concerne la première dimension, les bahá'ís du monde entier, dans les cadres les plus modestes, s’efforcent d'établir un modèle d'activité et les structures administratives correspondantes qui incarnent le principe de l'unité de l'humanité ainsi que les convictions qui le sous-tendent, dont quelques-unes seulement sont mentionnées ici à titre d’exemples : l'âme rationnelle n'a ni sexe, ni race, ni ethnie, ni classe, un fait qui rend inadmissible toute forme de préjugés, en particulier ceux qui empêchent les femmes de réaliser leur potentiel et de s'engager dans différents domaines d'activité coude-à-coude avec les hommes ; la racine des préjugés est l’ignorance, qui peut être éliminée grâce à des processus éducatifs qui rendent le savoir accessible à tout le genre humain, garantissant qu'il ne devienne pas la propriété d'une poignée de privilégiés ; la science et la religion sont deux systèmes complémentaires de connaissance et de pratique, permettant aux êtres humains de comprendre le monde autour d'eux et grâce auxquels la civilisation progresse ; la religion, sans la science, dégénère rapidement en superstition et en fanatisme, alors que la science, sans la religion, devient l’instrument d’un matérialisme grossier ; la véritable prospérité, fruit d'une cohérence dynamique entre les nécessités matérielles et spirituelles de la vie, sera de plus en plus inaccessible, tant et aussi longtemps que la consommation effrénée continuera d'avoir l'effet de l'opium sur l'âme humaine ; la justice, en tant que faculté de l'âme, permet à l'être humain de distinguer la vérité du mensonge et sert de guide dans la recherche de la réalité, si essentielle si l'on veut éliminer les croyances superstitieuses et les traditions dépassées qui font obstacle à l'unité ; la justice, quand elle est exercée de façon appropriée sur les questions sociales, est le principal instrument pour l’établissement de l'unité ; le travail accompli dans un esprit de service envers ses semblables est une forme de prière, un moyen d'adorer Dieu. Traduire de tels idéaux dans la réalité, opérant ainsi une transformation sur le plan individuel et posant les fondations de structures sociales adéquates, n'est évidemment pas une mince tâche. Néanmoins, la communauté bahá'íe se consacre au processus d’apprentissage à long terme que cette tâche requiert, une entreprise à laquelle un nombre croissant de personnes de tous les milieux, appartenant à tous les groupes humains, sont invitées à prendre part.
Bien sûr, les questions auxquelles le processus d’apprentissage en cours dans toutes les régions du monde doit répondre sont nombreuses : comment rassembler des gens d'origines diverses dans un environnement qui, exempt de la menace constante de conflits et caractérisé par sa nature spirituelle, les encourage à abandonner les mentalités partisanes qui sont sources de discorde, favorise des degrés plus élevés d'unité de pensée et d'action, et suscite une participation sans réserve ; comment administrer les affaires d'une communauté qui n'a pas de classe dirigeante exerçant des fonctions sacerdotales et pouvant revendiquer des honneurs et des privilèges ; comment permettre à des contingents d'hommes et de femmes de se libérer des entraves de la passivité et des chaînes de l’oppression pour s'engager dans des activités propices à leur développement spirituel, social et intellectuel ; comment aider des jeunes à s'orienter à travers une étape cruciale de leur vie et à être habilités afin de diriger leurs énergies vers l’avancement de la civilisation ; comment créer, au sein de la famille, une dynamique qui mène à la prospérité matérielle et spirituelle sans faire naître chez les nouvelles générations le sentiment d'être séparé d'un « autre » illusoire ni alimenter la moindre tendance à exploiter ceux qui sont relégués dans cette catégorie ; comment faire en sorte que la prise de décisions bénéficie d'une diversité de points de vue grâce à un processus consultatif qui, compris comme la recherche collective de la réalité, encourage le détachement des opinions personnelles, accorde une attention nécessaire aux données empiriques valables, et n'élève pas de simples opinions au rang de fait ni ne définit la vérité comme un compromis entre des groupes aux intérêts adverses. Afin d'explorer de telles questions et les innombrables autres qui surgiront certainement, la communauté bahá'íe a adopté un mode de fonctionnement qui se caractérise par l'action, la réflexion, la consultation et l'étude — une étude qui implique non seulement de se référer constamment aux écrits de la Foi, mais également d'analyser scientifiquement l’évolution des traits caractéristiques qui se dessinent. Les questions suivantes sont d’ailleurs elles-mêmes l'objet d'un examen régulier : comment maintenir un tel mode d’apprentissage dans l'action ; comment faire en sorte qu'un nombre croissant de personnes participent à la génération et à l’application des connaissances utiles ; et comment concevoir des structures pour la systématisation d'une expérience mondiale en expansion et pour la diffusion équitable des enseignements qu'on en a tirés.
L’orientation générale du processus d’apprentissage dans lequel est engagée la communauté bahá'íe est définie par une série de plans mondiaux dont les dispositions sont établies par la Maison universelle de justice. Le développement des capacités est le mot d'ordre de ces plans : ils ont pour but de permettre aux protagonistes d'un effort collectif de renforcer les fondations spirituelles des villages et des quartiers, de répondre à certains de leurs besoins sociaux et économiques et de contribuer aux discours prévalents dans la société, tout en maintenant la cohérence nécessaire dans les méthodes et les approches.
L’interrogation sur la nature des relations qui lient
l'individu, la communauté et les institutions de la société — ces acteurs sur
la scène de l'histoire qui de tout temps ont été prisonniers d'une lutte pour
le pouvoir — est au cœur du processus d’apprentissage. Dans ce contexte, le
présupposé que leurs relations se conformeront inévitablement aux dictats de la
compétition, une notion qui fait abstraction de l’extraordinaire potentiel de
l'esprit humain, a été rejeté au profit de la prémisse plus probable que leurs
interactions harmonieuses peuvent promouvoir une civilisation convenant à une
humanité mature. La vision animant l'effort bahá'í pour découvrir la nature du
nouvel ensemble de relations parmi ces trois protagonistes est celle d'une
société future qui tire son inspiration de l'analogie que Bahá'u'lláh a établie
entre le monde et le corps humain dans une Tablette écrite il y a près d'un
siècle et demi. La coopération est le principe qui régit le fonctionnement de
ce système. De la même façon que
la manifestation de l’âme rationnelle en ce monde de l’existence est rendue possible grâce à l’association complexe d’innombrables cellules, dont l’organisation en tissus et en organes permet la réalisation de fonctions distinctes, la civilisation peut être vue comme le résultat d'un ensemble d’interactions entre différents éléments étroitement intégrés et ayant transcendé l’objectif limité de se préoccuper uniquement de leur propre existence. Et tout comme la viabilité de chaque cellule et de chaque organe dépend de la santé globale du corps, il faudrait rechercher la prospérité de chaque personne, de chaque famille, de chaque peuple dans le bien- être de tout le genre humain. Conformément à cette vision, les institutions, conscientes de la nécessité d'une action coordonnée orientée vers des objectifs féconds, aspirent non à contrôler, mais à soutenir et à orienter l'individu qui, en retour, accepte volontiers les directives, non selon une obéissance aveugle, mais avec une foi fondée sur une connaissance consciente. La communauté, quant à elle, relève le défi de maintenir un environnement dans lequel les facultés de tous ceux qui souhaitent exercer de manière responsable la libre expression en accord avec le bien commun et les plans des institutions, se multiplient dans l'action unifiée.
Pour que le réseau de relations auquel il a été fait allusion ci-dessus prenne forme et suscite un modèle de vie qui se distingue par l'adhésion au principe de l'unité de l’humanité, certains concepts fondamentaux doivent être examinés avec soin, le plus notable d'entre eux étant le concept de pouvoir. A l’évidence, le concept de pouvoir comme outil de domination, ainsi que les notions de compétition, de conflit, de division et de supériorité qui s'y rattachent, doit être abandonné. Le but n'est pas de rejeter l'existence du pouvoir ; après tout, même dans les cas où les institutions de la société ont reçu leur mandat grâce au consentement du peuple, le pouvoir participe à l'exercice de l'autorité. Mais les processus politiques, comme tous les autres processus de la vie, ne devraient pas rester à l'écart de l'influence des pouvoirs de l'esprit humain que la foi bahá'íe — et d'ailleurs, toutes les grandes traditions religieuses apparues depuis le début des temps — espère solliciter : le pouvoir de l'unité, de l'amour, du service humble et des actes purs. Au mot « pouvoir » entendu dans ce sens sont associés des mots tels que « libérer », « encourager », « canaliser », « guider » et « habiliter ». Le pouvoir n'est pas une entité finie qui doit être « saisie » et «jalousement gardée » ; il constitue une capacité illimitée de transformer qui réside dans l’ensemble du genre humain.
La communauté bahá'íe reconnaît volontiers qu'elle a un long chemin à parcourir avant que son expérience grandissante n'offre une compréhension suffisante du fonctionnement des interactions souhaitées. Elle ne se prétend pas parfaite. Défendre des idéaux élevés et en être devenu l’incarnation sont deux choses différentes. D’innombrables défis sont à prévoir et il reste beaucoup à apprendre. Un simple observateur pourrait aisément qualifier d'« idéalistes » les efforts de la communauté bahá'íe en vue de surmonter ces défis. Toutefois, il serait tout à fait injustifié d'accuser les bahá'ís d'être indifférents à ce qui se passe dans leurs propres pays, et encore plus d'être de mauvais patriotes. Aussi idéaliste que puisse paraître l'effort bahá'í aux yeux de certains, on ne peut ignorer leur préoccupation profonde pour le bien de l’humanité. Et étant donné qu'aucune configuration actuelle dans le monde ne semble capable de sortir l'humanité du bourbier des conflits et des disputes et de garantir son bonheur, pourquoi un gouvernement s’opposerait-il aux efforts d'un groupe de personnes cherchant à mieux comprendre la nature des relations essentielles qui sont inhérentes à l'avenir commun vers lequel le genre humain est inévitablement entraîné ? Quel mal y a-t-il à cela ?
Prenant pour cadre les idées décrites ci-dessus, il est donc possible d’examiner la seconde dimension des efforts de la communauté bahá'íe pour contribuer à l’avancement de la civilisation : son engagement dans l’ensemble de la société. Ce qui constitue, pour les bahá'ís, un aspect de leur contribution ne peut manifestement pas aller à l’encontre d’un autre. Ils ne peuvent pas chercher à établir des modèles de pensée et d’action qui témoignent du principe l’unité de l’humanité au sein de leur communauté tout en s’engageant, dans un autre contexte, dans des activités qui, quelle qu'en soit la portée, renforcent un ensemble de présupposés complètement différent sur l'existence sociale. Afin d'éviter une telle dualité, la communauté bahá'íe a progressivement affiné au fil du temps, sur la base des enseignements de la Foi, les principales caractéristiques de sa participation à la vie de la société. Les bahá'ís s'efforcent avant toute chose, en tant qu’individus ou en tant que communauté, de mettre en pratique le commandement de Bahá’u’lláh : « Ceux qui sont sincères et loyaux devraient s'associer dans la joie et l’allégresse à tous les peuples du monde puisque cette fréquentation contribue toujours à l'unité et à l’harmonie, qui à leur tour mènent au maintien de l'ordre dans le monde et à la renaissance des nations. » ‘Abdu'l-Bahá a expliqué par ailleurs que c'est en « nous fréquentant et en nous rencontrant » que « nous trouvons le bonheur et que nous progressons, individuellement et collectivement ». Il a écrit à cet égard que « tout ce qui tend à associer, attirer et unifier les fils des hommes mène à la vie du monde de l’humanité ; par contre, tout ce qui est cause de division, de répulsion et d’éloignement contribue à la mort du genre humain ». Même en ce qui concerne la religion, il a dit clairement qu'elle « doit susciter l'amour et l'amitié. Si la religion devenait cause de conflit et d'inimitié, son absence serait préférable ». Par conséquent, les bahá'ís s’efforcent à tous moments de suivre le conseil de Bahá’u’lláh : « [...] détoumez-vous de la désunion et fixez votre regard sur l'unité. » Il exhorte ses disciples en ces mots : « C'est être un homme aujourd’hui que de se consacrer au service du genre humain » , et leur enjoint ce qui suit : « Enquérez-vous soigneusement des besoins de l'âge où vous vivez et que toutes vos délibérations portent sur ce que cet âge requiert. » ‘Abdu’l-Bahá a indiqué que « le besoin suprême de l’humanité est la coopération et la réciprocité ». « Plus forts seront les liens de camaraderie et de solidarité entre les hommes, plus puissant sera le pouvoir de construction et d’accomplissement à tous les niveaux de l'activité humaine. » Si puissante est la lumière de l'unité, déclare Bahá’u’lláh, qu'elle peut illuminer toute la terre.
C'est avec de telles pensées à l'esprit que les bahá'ís collaborent, dans la mesure de leurs ressources, avec un nombre croissant de mouvements, d’organisations, de groupes et de personnes, établissant des partenariats qui s’efforcent de transformer la société et de faire avancer la cause de l'unité, de promouvoir le bien-être de l'humanité et de contribuer à la solidarité mondiale. En effet, la norme édictée par des passages tels que ceux cités ci-dessus incite la communauté bahá'íe à s'engager activement dans autant d'aspects que possibles de la vie contemporaine. En choisissant leurs domaines de collaboration, les bahá'ís doivent garder à l'esprit le principe, enchâssé dans leurs enseignements, que les moyens doivent être en accord avec les fins ; des objectifs nobles ne peuvent pas être atteints par des moyens indignes. Plus particulièrement, on ne peut pas bâtir une unité durable par des actions qui reposent sur l’affrontement ni supposer qu'un conflit d'intérêts inhérent est à la base de toutes les interactions humaines, aussi subtilement que ce soit. Il faut souligner ici qu'en dépit des limitations qu'impose l'adhésion à ce principe, la communauté n'a pas fait l’expérience d'un manque d’occasions de collaboration ;ilya tant de gens dans le monde aujourd’hui qui travaillent avec ardeur pour atteindre l'un ou l'autre des objectifs qu'ils ont en commun avec les bahá'ís. A cet égard, ces derniers prennent également soin de ne pas franchir certaines limites dans leurs rapports avec leurs collègues et associés. Ils ne doivent considérer aucun projet commun comme l'occasion d'imposer leurs convictions religieuses. Une conscience excessive de sa propre rectitude et les autres manifestations regrettables de zèle religieux doivent être absolument évitées. Les bahá'ís offrent cependant volontiers à leurs collaborateurs les leçons qu'ils ont apprises à travers leur propre expérience, de même qu'ils sont heureux d'intégrer, dans leurs efforts de construction communautaire, la compréhension acquise au cours de cette collaboration.
Cela nous amène, en dernier lieu, à la question spécifique de l’activité politique. La communauté bahá’íe est convaincue que l’humanité, ayant franchi les étapes antérieures de l’évolution sociale, se tient au seuil de sa maturité collective ; elle croit que le principe de l'unité de l’humanité, signe distinctif de l'âge de maturité, implique un changement dans la structure même de la société ; elle se consacre à un processus d’apprentissage qui, animé par ce principe, explore le fonctionnement d'un nouvel ensemble de relations entre l'individu, la communauté et les institutions de la société, les trois protagonistes de l’avancement de la civilisation ; elle est certaine qu'une conception révisée du pouvoir, affranchie de la notion de domination ainsi que des idées connexes de compétition, de conflit, de division et de supériorité, est à la base de l’ensemble des relations souhaitées ; elle se consacre à une vision du monde qui, bénéficiant de la riche diversité culturelle de l’humanité, ne souffre aucun clivage : tous ces éléments essentiels constituent le cadre qui définit l'approche bahá'íe de la politique brièvement exposée ci-dessous.
Les bahá'ís ne cherchent pas à exercer le pouvoir politique. Ils n’acceptent aucun poste politique au sein de leurs gouvernements respectifs, quel que soit le système particulier en place, bien qu'ils puissent exercer des fonctions qu'ils considèrent comme étant d'ordre purement administratif. Ils ne s'affilient à aucun parti politique, ni ne se mêlent de questions partisanes, et ils ne participent pas non plus aux programmes liés aux lignes d'action créant la division de tout groupe ou de toute faction. Cependant, les bahá'ís respectent ceux qui, dans un désir sincère de servir leur pays, choisissent de poursuivre leurs aspirations politiques ou de s’impliquer dans la politique. La position de non-ingérence dans de telles activités adoptée par la communauté bahá'íe ne constitue pas l’affirmation d'une objection fondamentale à la politique au sens vrai du terme ; de fait, c'est par le moyen de ses affaires politiques que l'humanité s'organise. Les bahá'ís votent aux élections, tant qu'ils n'ont pas à s’identifier à un parti pour le faire. A cet égard, ils considèrent le gouvernement comme un système destiné à maintenir le bien-être et le progrès ordonné de la société et ils entreprennent tous sans exception d’observer les lois du pays dans lequel ils vivent, sans permettre que leurs croyances religieuses profondes soient bafouées. Les bahá'ís ne sont complices d'aucune instigation au renversement d'un gouvernement. Ils n’interfèrent pas non plus dans les relations politiques entre les gouvernements de différentes nations. Cela ne signifie pas qu'ils sont naïfs devant les processus politiques régissant le monde aujourd’hui ni qu'ils ne savent faire la différence entre les gouvernements justes et les gouvernements tyranniques. Les dirigeants de la terre ont des obligations sacrées à remplir envers leurs peuples, qui devraient être considérés comme le trésor le plus précieux de toute nation. Où qu'ils résident, les bahá'ís s’efforcent d'apporter leur soutien au principe de la justice, prenant des mesures à l'égard des injustices dont eux-mêmes ou d'autres sont victimes, mais uniquement par les moyens légaux dont ils disposent, se gardant de toute forme de protestation violente. De plus, l'amour profond qu'ils portent à l’humanité ne va nullement à l'encontre de l’obligation qu'ils ressentent de déployer leur énergie au service de leurs pays respectifs.
Dans un monde où les nations et les tribus s’opposent les unes aux autres et où les gens sont divisés et séparés par des structures sociales, l’approche, ou si l'on veut la stratégie, basée sur l’ensemble de paramètres présentés brièvement au paragraphe précédent permet à la communauté de maintenir sa cohésion et son intégrité en tant qu'entité mondiale et de garantir que les activités des bahá'ís dans un pays ne mettent pas en péril l'existence de ceux qui vivent ailleurs. Ainsi à l’abri des intérêts contradictoires des nations et des partis politiques, la communauté bahá’íe est donc en mesure de développer ses capacités à contribuer aux processus qui favorisent la paix et l’unité.
Chers amis ! Nous reconnaissons que fouler ce sentier, comme vous le faites si efficacement depuis des décennies, n’est pas sans défis. Cela demande une intégrité qui ne peut pas être compromise, une rectitude de conduite qui ne peut pas être ébranlée, une clarté d’esprit qui ne peut pas être obscurcie, un amour de son pays qui ne pas peut être manipulé. Maintenant que vos concitoyens comprennent votre situation critique, et que de nouvelles occasions de participer davantage à la vie de la société s’offriront sans aucun doute à vous, nous prions pour que vous receviez l’assistance céleste pour expliquer à vos amis et à vos compatriotes le cadre décrit clairement dans ces lignes afin que, en collaborant avec eux, vous trouviez des occasions toujours plus nombreuses d'œuvrer pour le bien de votre peuple sans compromettre, d'aucune façon, votre identité en tant que disciples de celui qui, il y a plus d'un siècle, a appelé l'humanité à un nouvel Ordre mondial.
la Maison universelle de justice
(Site officiel Bahá’ís de France)